Attention les yeux! Meet-me se pose en tres sérieux concurrent de Second Life, pourtant tres bien implanté au Japon. Le futur des mondes virtuels se joue peut-etre actuellement au Japon, qui aura mis du temps a revenir sur le devant de la scene internationale du Web. Meet me, c’est tout simplement la belle ville de Tokyo… en virtuel.

La surprise du chef
Lorsque Meet-me passe en version alpha, c’est toute l’industrie de la publicité Japonaise qui tousse : Dentsu avaient prévu de lancer un Tokyo virtuel sur Second Life, a coup de budgets grandiloquents. L’idée était bonne, mais le géant Japonais a peut-etre misé sur le mauvais cheval. Meme rengaine du coté d’Hakuhodo qui a entrainé une majorité de ses clients dans l’aventure virtuelle illimitée. Avec un succes mitigé au niveau local.
Linden Labs ne voit pas cette nouveauté d’un tres bon oeil non plus : le Japon est le troisieme marché pour Second Life, juste derriere les US et le Brésil. La firme Californienne peut meme craindre de perdre gros dans cette histoire.
Meet-me ha… nani?
Un monde virtuel… Japonais
Meet-me a un objectif principal : répondre différemment et spécifiquement a la problématique nipponne. De quoi cela peut-il avoir l’air? Et bien comme le Japon ou presque : en ordre, pas de pornographie a tous les coins de rue et surtout un endroit ou les utilisateurs se sentiront en sécurité…
Transcosmos Inc, l’agence créatrice de Meet-me, parie donc sur les différences culturelles entre les Japonais et les occidentaux. Un peu comme Shiseido et les cheveux “spécifiquement” nippons. Pour eux, le conformisme ambiant pousse les locaux a préférer un environnement prédictible et sécurisé, plutot qu’un endroit libre de tous les exces. De ce constat, on retrouvera dans Meet-me des avatars aux formes plus rondes et douces, loin des angles et des ressemblances humaines autorisées par SL.
Une nouvelle barriere a l’entrée?
Meet-me incarne a lui tout seul la difficulté pour les étrangers a approcher le marché Japonais, virtuel ou non. Disney, Yahoo! et désormais Carrefour (Aeon) sont tous franchisés. La ou Mixi attire 11,1 millions de profils, la version locale de MySpace tarde a décoller (1,4 million). L’un des seuls succes étrangers du web au Japon est justement le programme de Linden Labs, qui recoit 8% de son traffic depuis ce pays. Les marques Japonaises se sont d’ailleurs montrées assez enthousiastes, avec Nissan Motor Co. et Mitsukoshi présent au travers d’ilots notamment. Au total 85 entreprises nipponnes sont présentes sur SL mais les résultats ne sont pas rendez-vous ; Dentsu déclare meme que Second Life ne sera vraiment un succes que lorsqu il sere présent sur les mobiles, ce qui est d’ailleurs en cours…

Disneyland bis
Les mots de Transcosmos sont clairs : “C’est le trait de caractere national des Japonais. Ils veulent etre passifs, plutot que créer quelque chose a partir de rien et par eux-memes”. Meme son de cloche du coté de Linden Labs, qui souhaitent renforcer ses services sur le marché nippon afin de contrer cette nouvelle concurrence : “Ce sera un endroit ou les gens pourront se sentir en sécurité - comme Disneyland. Il y a une liberté totale dans Second Life, ce qui nécessite une dose de responsabilité personnelle. C’est tres Américain. Presque tout est OK, meme le pire”.
Le contraste avec les premieres démonstrations de Meet-me est, apres ces déclarations, saisissant : une femme se ballade dans Shibuya, passe devant Hachiko et va faire son shopping. Les lumieres de Noel eclaircissent les rues qui seront peut-etre bientot semblables a celles de la réalité. Meet-me espere attirer 1 million d’utilisateurs pour sa premiere année, et une dizaine de compagnies, dont les célebres chaines de magasins de Shibuya. Oui je vous vois venir, tout le monde direction Tour 109 (video pour la route)…
C’est la premiere différence entre Meet-me et Second Life. La seconde est également de taille : l’intégralité des opérations et du design sera controlé par Transcosmos, qui assurera du meme coup la Loi et l’ordre! Pas de jeux d’argent, pas d’armes, pas de violence, pas d’animalerie en tout genres…

Des possibilités uniques
Petite liste de ce qu’il est possible de faire dans Meet-me, et quelques “features” qui valent le coup d’oeil.
1. Utilisation des cartes utilisées dans les navigateurs GPS afin de recréer avec précision le Tokyo d’aujourd’hui.
Cela fait partie du concept essentiel de Meet-me, a savoir une reproduction intégrale de la ville et donc de ses moyens de transports. Routes, trains et métros offriront une expérience inconnue jusqu’alors aux internautes : une navigation et une orientation intuitive dans un monde virtuel puisque similaire au monde réel.
2. Un sens commun proche du monde réel : difficile de savoir ce qui se cache la dessous, notamment lorsque l’on voit les avatars peu humanisés. Le monde sera totalement controlé par ses créateurs et sera donc porn-free.
3. Une interface user-friendly et une expérience dans la durée : au moins pour les Japonais, tant au niveau de la langue que du design général. On retrouve des élements relativement enfantins, qui peuvent rebuter les utilisateurs plus agés. Mais la, c’est tout la différence culturelle qui décidera si oui ou non ce monde est fait pour vous.
4. La monnaie courante s’appellera le Cocore, du nom de la compagnie co-fondatrice “Co-Core”
5. 2000 Cocores seront offert pour le démarrage, mais aucune information pour le moment sur le taux de change (1 yen = 1 cocore?)
6. Le transport se fera par train ou bus, on ne vole pas, mais quelques points de téléportation seront disponibles.
7. Il est possible d’acheter un terrain… celui de votre voisin dans la vraie vie?
8. Meme chose pour les élements décoratifs (meubles, vetements… ).
9. Possible d’acheter une maison pré-fabriquée et partiellement modifiable.
10. La premiere activité possible est… la peche a la ligne (a Suidobashi?).
11. On ne choisit pas son heure ni son atmosphere : il fera jour et nuit comme a Tokyo
12. Certains événements seront liés a ce qui se passe dans la vie réelle, comme par exemple le sapin de Noel géant d’Ebisu. On imagine déja toutes les possibilités marketing qui pourront utiliser cette dualité…
Une révolution est en marche?
Meet-me pourrait bien redonner de l’espoir au mondes virtuels, qui se cherchent apres une expérience Second Life relativement décevante pour la majorité des utilisateurs. Mais penser, comme Linden Labs, que le fossé est seulement culturel, est peut-etre une erreur d’appréciation. Tout d’abord parce que la majorité des web-surfers, dont la plupart découvrent Internet depuis l’année passée seulement, souhaite une expérience simple et intéressante (voir “Cyber Megacity: Tokyo’s 0th Ward” qui sera le deuxieme monde virtuel a se lancer au Japon en 2008, hautement artistique). Quoi de plus simple que de se ballader dans sa propre ville, pour un début?
Ensuite parce que le mapping du monde réel en virtuel est la suite logique des outils récents (GPS, Maps, etc…), mais aussi et tout simplement des communautés! A commencer notre propre voisinage, qui intéresse depuis longtemps les nouvelles pousses du Net. Le shopping prendra également une nouvelle dimension, et offrira enfin une passerelle digne de ce nom entre le virtuel et le réel.
Enfin pour le succes marketing annoncé : le triangle mobile - réel - virtuel (voire communautaire) devrait attirer les firmes les plus high-tech, et permettra de nouvelles expériences pour les consommateurs.
Il sera tout aussi intéressant de suivre la facon dont les données personnelles seront protégées. A moins que cette histoire ne débouche sur un abandon partiel de notre vie privée, échangée contre une nouvelle identité numérique… Science-fiction? Réponse lors de l’ouverture le 23 Janvier!

7 Comments
Je ne suis pas très mondes virtuels online ni MMORPG (ça nuit un peu à la vie sociale…).Mais bon, aller se ballader dans Tokyo après y être allé en vrai, ça ne me déplairait pas juste par curiosité. J’irai peut-être y faire un tour… Enfin, s’il y a a minima un interfaçage en anglais !
Oui justement, pas gagne pour avoir de l’anglais… qui n’existe pas non plus sur Mixi
Bof, aucun intérêt, comme Second Life… Ca sert à quoi ces univers virtuels ?
Je pense que nos enfants n’auront pas le meme point de vue… Sinon, d’un point de vue pratique, cela permettrait par exemple de localiser une destination avant de s’y rendre : a Tokyo, ca peut-etre utile
Oui, moi aussi l’intérêt m’échappe un peu. Mais force est de constater que les adeptes de ces expériences virtuelles sont nombreux et de plus en plus jeunes (ça pose des questions of course). On imagine quand même l’excitation de certains teens européens fanas du Japon qui rêvent d’une seule chose : fouler un jour le sol de Tokyo. Face à une telle proposition et sous condition d’accessibilité linguistique, ils pourraient être nombreux à accéder à ce nouvel univers virtuel, ne serait-ce que par curiosité de découvrir Harajuku ou Shibuya !
Et pourquoi pas y apprendre le Japonais? Voir le travail d’avatarlanguages.com sur SL…
Et pour ceux que ca interesse, un article sur les “avatars universels” : http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/7038039.stm